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Recensions AVRIL - JUIN 2004

Angelo Giuseppe RONCALLI (Giovanni XXIII), Il Giornale dell’Anima, Soliloqui, note e diari spiritual

Angelo Giuseppe RONCALLI (Giovanni XXIII), Il Giornale dell’Anima, Soliloqui, note e diari spiritual, Edizione critica e annotazione a cura di Alberto, “Edizione nazionale dei diari di Angelo Guiseppe Roncalli – Giovanni XXIII”, Bologna, Istituto per le Scienze Religioze di Bologna, 2003, 546 p. Lorsqu’au printemps 1961 Jean XXIII remet à son secrétaire Lori Capovilla quelques cahiers et fascicules “délabrés et fripés”, il lui demande de les publier en disant : “Mon âme est dans ces pages, elles contiennent ce que, plus que tout autre écrit, je sens être mien.” En 1964, Capovilla s’exécute et publie la première édition du Journal de l’âme. En 1987, il en donnera la première édition critique. Àpartir de ce travail largement diffusé dans le grand public, Alberto Melloni propose aujourd’hui une nouvelle édition, premier volume d’une série qui comprendra également les “notes professionnelles” du bienheureux Jean XXIII. La remarquable qualité de l’annotation – elle recèle une mine d’informations –, des index et de la bibliographie complète, font de cet ouvrage un instrument indispensable pour connaître non seulement la biographie du “bon pape Jean”, mais aussi pour entrevoir quelque chose du mystère de cette étonnante et déroutante personnalité qui marque tant l’histoire de l’Église et du monde contemporain. Le Journal de l’âme est une mosaïque de textes spirituels, de prières, de maximes, de “règles de vie”, de notes de retraites, de lettres, de testament dans ses rédactions successives, de fragments d’inégales longueurs (la moitié de l’œuvre couvre la période 1895-1904, et l’autre moitié 1905-1963). Une partie est manuscrite, l’autre est dactylographiée. L’ensemble forme le carton 118 du fonds des Archives roncalliennes. Cependant le caractère anarchique de l’ouvrage n’est qu’apparent. Car Roncalli a travaillé toute sa vie à organiser son Journal, à le compléter, à l’améliorer, à lui donner une cohérence interne qui ne vient à la lumière qu’au terme d’une lecture attentive, facilitée ici par les notes d’Alberto Melloni. L’organisation chronologique voulue par l’auteur est une aide précieuse pour le lecteur : Bergame (1899-1920) ; Rome (1921-1924) ; Orient (1925-1944) ; France (1945-1952) ; Venise (1953-1958) ; Vatican (1958-1963). Cette indication fait du Journal de l’âme une œuvre décrivant l’itinéraire à travers lequel Roncalli expérimente et considère sa vie intérieure. Le Journal de l’âme n’est donc pas une autobiographie dans le sens où l’auteur ne relate aucune anecdote ou ne donne pas d’indications sur les événements dont il a été le témoin ou l’acteur, c’est une réflexion sur sa vie intérieure ; comme si Roncalli voulait se re-présenter son âme et sa manière unique de vivre l’Évangile. C’est un témoignage fort et émouvant d’un chrétien en quête de perfection évangélique au long d’une vie qui le conduira du séminaire de Bergame au souverain pontificat en passant par les services les plus divers (secrétaire de son évêque, directeur spirituel au séminaire de Bergame et professeur d’histoire de l’Église, président du Conseil central pour l’Italie des Œuvres missionnaires pontificales, visiteur et délégué apostolique au Proche-Orient, nonce en France, patriarche de Venise). Certaines caractéristiques et étapes de ce parcours méritent d’être relevées ici. Beaucoup de thèmes sont récurrents dans ces pages, l’humilité, la lutte contre l’amour-propre, la pureté, la croix et la miséricorde, la liturgie, la Bible, la sainteté. C’est sans doute autour de cette dernière notion que se perçoit le mieux la physionomie spirituelle du pape Roncalli. Sa première formation reçue au séminaire de Bergame nous est connue par le journal qu’il commence à rédiger en 1895 à la demande de son père spirituel. Les “Petites règles” de vie spirituelle (1895), les “Méthodes de vie” (1895) sont le fondement de toute la vie spirituelle du jeune adolescent mais aussi de l’adulte et du vieillard. Elles trahissent une piété faite de pratiques de dévotion et de célébrations liturgiques qui donneront aussi un cadre à de minitieux examens de conscience. La sainteté “baroque” issue du concile de Trente est d’abord fidélité à ces exercices. Comme le soulignait Capovilla : “cette ‘piété’ est à la racine de la simplicité de l’homme, de la dignité du prêtre, de son inaltérable sérénité, de son audace.” Cette spiritualité s’enracine sur le tempérament d’un paysan qui ne reniera jamais ses origines. Lors de sa retraite de novembre-décembre 1959, Jean XXIII écrit : “Par dessus tout je suis reconnaissant au Seigneur du tempérament qu’il m’a donné et qui me préserve d’inquiétudes et de frayeurs inutiles. Je me sens en état d’obéissance en toutes choses et je constate qu’une telle attitude, dans les grandes choses comme dans les petites, confère à ma petitesse une force d’audacieuse simplicité qui, étant toute évangélique, requiert et obtient un respect universel ; et c’est un motif d’édification pour beaucoup” (p. 450). Pendant toute sa vie Roncalli a été profondément marqué par certaines figures, son curé, don Rebuzzini, son père spirituel au séminaire romain le Père Francesco Pitocchi, son évêque Monseigneur Radini Tedeschi dont il sera le secrétaire, Benoît XV, Pie XI et Pie XII. Deux rencontres semblent particulièrement importantes pour comprendre la sainteté de Jean XXIII : la lecture de l’Imitation de Jésus-Christ et la direction du Père Francesco Pitocchi. Le 26 septembre 1898 Angelo Guiseppe reçoit en héritage l’exemplaire de l’Imitation de Jésus-Christ que don Rebuzzini, curé de Sotto il Monte, “utilisait tous les soirs depuis son petit séminaire”. “Pensez que c’est à partir de ce petit livre qu’il est devenu un saint !” (p. 79). L’Imitation reste l’une des principales références spirituelles du futur pontife. Elle l’introduit dans la grande tradition spirituelle du Moyen Âge et l’oriente d’une manière définitive vers les sources de la vie chrétienne, l’Écriture et les Pères de l’Église. L’Imitation de Jésus-Christ permet au jeune Roncalli de prendre une certaine distance par rapport à l’absolu des pratiques dévotionnelles et de centrer sa piété sur le Christ. La sainteté est avant tout imitation du Christ. Une note du vendredi 24 août 1900 (p. 115) dénonce la juste compréhension de l’esprit de Thomas a Kempis. En 1902, alors qu’il est au séminaire romain, Roncalli choisir le rédemptoriste Francesco Pitocchi comme directeur spirituel. À l’issue de leur première rencontre Roncalli consigne dans son Journal cette sentence lapidaire : “Dio è tutto : io sono nulla. E per oggi basta” (p. 141). “Dieu est tout, moi je ne suis rien !”. Roncalli est familier du thème du néant, il est présent dès les premières pages du Journal de l’âme (2 août 1898, p. 64) comme celui de la sainteté. C’est exactement sur ce point que l’influence du Père Pitocchi se révèlera capitale. Le 16 janvier 1903, Roncalli écrit : “à force de le toucher du doigt, je me suis convaincu d’une chose. Je veux dire combien la conception de la sainteté que je m’étais formée et que je m’appliquais à moi-même était fausse. Des vertus des saints, c’est la substance qu’il me faut prendre et non les accidents […]. Je n’ai pas à être la pâle et maigre reproduction d’un modèle, quand bien même il serait parfait. Dieu veut qu’en suivant les exemples des saints, nous absorbions le suc vital de leur vertu en le transformant dans notre sang et en l’adaptant à nos attitudes et circonstances particulières” (p. 159-160). Il faut bien mesurer l’importance de cette réflexion. Depuis 1895, Angelo Roncalli construisait sa sainteté sur l’imitation des saints, particulièrement François de Sales et François-Xavier (30 novembre 1895, p. 12 etc.). Le mot d’ordre était : “l’imiter en” “imitarlo nella…”. Le 8 août 1898, il ose : “Non pas de grandes choses extraordinaires, mais une grande perfection dans les choses habituelles” (p. 66). Et fin avril 1903, il confesse : “La sainteté des saints ne se fonde pas sur des faits éclatants, mais sur des petits riens qui, aux yeux du monde, semblent des inepties” (p. 192). Le 29 janvier de la même année il disait également : “Rien d’extraordinaire en moi, dans ma conduite, si ce n’est une manière de faire des choses ordinaires” (p. 164-165). Le Père Pitocchi a permis à Angelo Giuseppe Roncalli de trouver la juste définition de la sainteté. L’enseignement spirituel de Jean XXIII est désormais parfaitement limpide, la véritable sainteté n’est pas la recherche de la réalisation d’un projet ou la reproduction d’un modèle aussi parfait soit-il, elle est l’accomplissement d’une vocation. Le chemin est celui du quotidien, de l’ordinaire, du banal, vécu dans l’indifférence surnaturelle qui est adhésion totale à la volonté de Dieu (avril 1903). On a longtemps reproché à Roncalli sa lenteur paysanne, qualifié sa bonté et son affabilité de naïveté ou de bêtise, entrevu un pape de “transition”, défini sa spiritualité comme ordinaire. Or la spiritualité de Jean XXIII est bien celle de l’Évangile, ce sont d’ailleurs ses derniers mots en forme de testament : “Ce n’est pas l’Évangile qui change ; c’est nous qui commençons à mieux le comprendre” (24 mai 1963, p. 500). S.-M. MORGAIN





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