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Archive recensions Naissance du Christianisme

Daniel MARGUERAT
Daniel MARGUERAT, La Première Histoire du christianisme, Les Actes des Apôtres, Genève, Labor et Fides, Paris, Éditions du Cerf, “Lectio divina, 180”, 1999, 454 p.
C’est bien connu, en écrivant les Actes des Apôtres à la suite de l’Évangile, Luc a signé la première histoire du christianisme. Premier historien du christianisme, Luc fut-il un bon historien ? C’est à cette question que Daniel Marguerat tente de répondre dans les deux premiers chapitres d’un livre qui en comporte 13. Au fil des pages sont ainsi abordés des thèmes aussi différents que l’unité de Luc-Actes ; le Dieu des Actes ; Magie et guérisons ; juifs et chrétiens en conflit ; ou encore la fonction narrative du voyage dans le livre des Actes.
À propos de Luc l’historien, on retiendra que Luc “s’est situé à l’exact confluent des courants historiographiques juif et grec”. Mais s’il emprunta ses procédés narratifs à ce qui constituait alors un standard culturel dans l’empire romain, “à l’opposé de l’idéal d’objectivité de l’historiographie hérodotéenne et thucydidienne, Luc raconte une histoire confessante”. Étrangement d’ailleurs, il ressort de cette histoire que “Luc le théologien et Luc l’historien ne tiennent pas toujours le même discours”. En effet, pour D. Marguerat, là où le théologien repère la continuité de l’agir de Dieu dans l’histoire, l’historien, lui, est conscient que l’histoire évolue. On pourrait s’en étonner, mais ce serait oublier que la pensée de Luc “ne se dit pas en systématisation mais en narrativité”.
À propos de l’œuvre du théologien, Daniel Marguerat note qu’une “théologie du Dieu caché travaille le récit [de Luc] : un Dieu dont l’accès est grevé de malentendus et qui requiert pour être connu la médiation d’une parole révélatrice”. Au même moment, aucun auteur du Nouveau Testament “ne dit si fortement que lui le rôle fondateur de l’Esprit, qui construit l’Église comme une communauté missionnaire et lui donne son esprit”. Mais à la question : Quelle vision de l’Église habite l’œuvre de Luc ? D. Marguerat n’a qu’une réponse : “Luc a la vision d’un peuple de Dieu où coexistent juifs et païens, une vision de l’universalité du peuple saint où chacun s’ouvre à Dieu par la confession de ses fautes”.
Apparaît ici l’actualité d’un livre qui fait de ce qui était sans doute un rêve à l’époque de Luc “un héritage à redécouvrir, pour autant qu’on laisse à son programme théologique sa force, qui est de concilier et non d’exclure, et de tenir dans le rapport avec Israël à la fois la continuité et la discontinuité”. Reste pourtant, et c’est bien l’énigme que pose la fin des Actes (28, 16-31), que par l’arrivée de Paul à Rome, une étape est franchie dans l’histoire du salut. Cette étape, semble-t-il, marque un échec, l’échec d’un espoir de conversion de tout le peuple juif. Mais “le récit est volontairement ambivalent, travaillé par une théologie qui s’interdit de conclure sur l’avenir des rapports entre l’Église et la Synagogue”.
Un dernier chapitre est consacré aux Actes de Paul, une œuvre apocryphe qui nous est parvenue à travers quelques fragments. Pour D. Marguerat, quatre raisons pourraient expliquer ce travail de relecture de l’œuvre de Luc. La première serait d’ordre biographique, à savoir le désir de compléter la biographie de Paul ; la deuxième et la troisième seraient d’ordre hagiographique et historique. La quatrième pourrait provenir de l’évolution interne de la tradition, Thècle héritant du statut de disciple exemplaire que les Actes attribuaient à Paul.
Que dire en conclusion de cette rapide présentation d’études, pour certaines d’entre elles publiées antérieurement dans d’autres revues ? Qu’elles permettent de mieux saisir “la maîtrise et la cohérence de l’œuvre d’un grand historien, sans qui le christianisme ignorerait presque tout de ses origines”. Et cela, en s’interrogeant constamment “sur la culture et les codes de communication perceptibles entre Luc et ses lecteurs et lectrices”.
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